'Gad donc comme elle est belle avec son violet d'origine.
Depuis toujours, Nintendo a été considéré comme LE constructeur à part du game. Faut dire qu'il a cultivé son côté soit innovateur, soit farfelu, surtout depuis que le monde se partage en trois acteurs majeurs au début des années 2000 avec la fin de la sixième génération, à savoir Sony, Nintendo et Microsoft. Nintendo a été par exemple le premier à lancer (c'est ce que retient l'Histoire même si c'est faux, coucou la Microvision) une console portable avec le Game & Watch, à inventer la croix directionnelle, à détecter les mouvements avec la Wii, à faire une console hybride avec la Switch, à faire du dual screen tactile, ou une console portable en 3D. Mais a aussi toujours été un peu à contre-courant...

De nombreux jeux GameCube, mais pas tant.
La N64 a choisi de rester à la cartouche, robuste, solide, intemporelle, nostalgique, à l'ère du CD. La GameCube, elle, est la seule à avoir été une console uniquement gaming à l'ère du multimédia. Mais aussi la première à utiliser un support de mini DVD. Bref, la NGC restera dans l'histoire comme une œuvre unique et un peu alternative comme Nintendo a toujours su faire. Mais était-ce vraiment une «dinguerie» comme disent ces Messieurs-dames de la Génération Alpha? Voyez plutôt (le chien de Mickey).

Au saumon, mon préféré


Y'avait à boire et à manger dans les coloris.
Le cube se consommait à l'apéro dans ce temps-là. On ne sait pas si big N s'en est inspiré, mais force est de constater qu'ils n'ont pas cherché longtemps pour le design. Après une grosse brique grise, une plus petite brique blanche, une Nintendo 64, voici donc... un cube violet. Le projet Dolphin, comme on le surnommait à l'époque (je m'en souviens avec une petite larme à l'œil, ça remplissait les magazines de consoles et me faisait perdre beaucoup d'argent pour découvrir des infos qu'on savait déjà) est imaginé en 1998 et présenté à l'E3 en 1999.

À cette époque, SEGA connaît le chant du cygne avec sa Dreamcast, trop en avance sur son temps, ou trop en retard, tandis que le succès phénoménal de la PSX promet à la PS2 de devenir si ce n'est mieux, l'emblème d'une génération. Il faut frapper fort. Deux jours après l'annonce de la concurrente japonaise, a NGC est donc annoncée dans l'ère des 128 bits. Comme on aime visiblement les dauphins, le processeur graphique est baptisé Flipper. Une carte ATI de 162 Mhz, à peine plus que la PS2 qui affiche 20 millions de triangles à la seconde. Ca en fait des tétés pointus de Lara Croft. Pour le reste, on joue dans la même cour que la console de Sony. Un écran qui affiche du 480i en 50/60 Hz, une mémoire de 32MB, une V-RAM de 6MB, un processeur «Gekko» de 485 Mhz qui explose littéralement l'Emotion Engine de la PS2 et, on le saura plus tard, un prix public qui l'atomise aussi: 200$ contre 300 pour la concurrence.

Life's a Game


Cette manette me donne encore des sueurs froides.
Bref, la NGC est dans l'ère du temps quand elle prend son nom définitif à l'occasion d'une conférence de presse en 2000, lorsque la PS2 sort. Seul hic? Bien qu'annoncée en même temps, elle ne profite pas de la même fenêtre de sortie. Les Japonais devront attendre un an de plus, une éternité à l'époque, pour profiter du cube violet. Les Européens? Carrément deux ans de plus, soit pile trois ans après son annonce, en mai 2002. Nintendo voyait peut-être trop grand. Car en coulisses, on commence déjà à préparer l'avenir du jeu: capture de mouvement, tracking gyroscopique de la manette, micro intégré dans les contrôleurs... En fait, rien de tout ceci ne sortira avant la Wii. Les Japonais devront attendre un an de plus, une éternité à l'époque

Comme à chaque console de la marque, c'est finalement les licences propres qui attirent. Sur le catalogue, Nintendo annonce 15 jeux au lancement, dont un nouvel épisode de Mario basé sur... Luigi (Luigi's Mansion) avec un Gameplay qui plaira instantanément aux testeurs. À l'E3 2001, on surfe aussi sur le succès de Smash Bros avec l'annonce de Super Smash Bros. Melee, Metroid Prime, Star Fox Adventures, et un Zelda encore non annoncé officiellement. Bref, pour la seule fois de son histoire, une console Nintendo n'annonce aucun réel jeu Mario à son lancement. Pari osé.

PEGI MOINS DE 10


Pour moi la meilleure version.
A sa sortie, la NGC est un succès mais les ventes sont bien en-dessous de sa concurrente, d'autant qu'un autre constructeur arrive sur le marché, tout auréolé de son savoir-faire dans les PC: Microsoft avec la Xbox, pour grapiller un peu de parts de marché, principalement sur le territoire américain et européen. À cette époque, Nintendo devient la marque des familles, la console «casu», quand Xbox devient l'outsider un peu geek des joueurs PC et PS2 la valeur sûre grand public des gamers. C'est pour cela aussi que son catalogue ne s'étoffera pas tant que ça. Certains jeux font même l'impasse sur une sortie NGC, surtout des jeux matures, adultes, ou carrément les PEGI 18.

Grâce à une campagne médiatique puissante, et des rabais, la console arrive, et c'est rare pour le souligner, à prendre une petite place sur le marché américain. Dans le monde, on découvre le nouveau visage du jeu vidéo à trois têtes, avec le cube qui prend un tiers des parts de marché au meilleur de sa forme. Au total, la console sera vendue à presque autant d'exemplaires que la Xbox, un peu plus de 21 millions contre 24 pour la concurrente, même si tout ceci est bien loin de la PS2, quatre fois plus que les deux réunies, mais sur deux fois plus de longévité.

On a pas de jeux, mais on a des idées


Zelda Wind Waker, l'emblème de la console!
La GameCube n'a pas marché à sa juste valeur, peut-être, elle était pourtant remarquable par plusieurs aspects. Son design déjà, sobre, passe-partout, avec une touche de couleur qu'on ne voyait pas à l'époque. Ses mini formats DVD, originaux, mignons, eux aussi esthétiquement sympa, mais pas assez forts pour changer l'industrie, on les oubliera vite. Un format propriétaire alors que tous les autres sont en DVD à ce moment. Son coloris violet n'est pas passé inaperçu et surtout, elle voulait s'imposer comme une console de famille et d'amis qu'on emmène avec soi. L'anse à l'arrière de la console permettait de la trimballer. Elle ne prenait pas de place, donc on pouvait la mettre dans l'Eastpak en revenant du bahut. Sa manette par contre, c'était un défi. Elle était pourtant remarquable par plusieurs aspects

Après celle de la N64, un trident que certains cherchent encore aujourd'hui à comprendre comment on le touche (ma fille par exemple), elle s'écarte définitivement du dogbone pour prendre la forme «guidon» de la Dualshock, tout en voulant faire à contre-pied. Le stick et la croix sont décalés, pas alignés, pas plus que les boutons. On y ajoute deux gâchettes évidemment, des vibrations, ainsi qu'un bouton en solo sur la tranche droite (le Z) pour faire cool. Les boutons sont gigantesques, le plastique est enfantin, les couleurs dépareillées: bref, un jouet pour gosse. Et puis plus tard, on sortira quelques nouvelles couleurs criardes toujours à destination des gamins: du vert pomme transparent, de l'orange, mais aussi, avec un peu de lucidité, du gris chromé et du noir mat, un peu plus «passe-partout».

Family guy


Resident Evil 4, un des rares jeux violents de la console non?
La NGC est donc une console familiale, par ses couleurs mais aussi par sa conception. Alors comme la N64 il faut s'assurer que le plus grand nombre y joue. C'est pour cela qu'on retrouve quatre ports à l'avant pour quatre manettes. La console propose de la rétrocompatibilité avec des jeux GBA et même Game Boy/GBC grâce à des câbles de liaison. Mais ce qui assoit sa cible, restera son catalogue, là où big N est souvent le plus fort. Bien que ce ne sont que 600 et quelques jeux qui sont sortis au total (200 de mois que la Xbox.... des milliers de moins que la PS2 LOL), certains ont marqué l'histoire.

Des exclusivités déjà: Star Wars: Rogue Squadron II, Resident Evil 4, Star Fox Adventures... Mais aussi la présence de SEGA, qui, ayant abandonné la construction avec l'échec de sa Dreamcast, se met à publier ses jeux chez l'ancien concurrent. Et surtout, le fameux Zelda non annoncé devient The Legend of Zelda: The Wind Waker, un bijou en Cel-shading considéré par beaucoup comme le meilleur épisode Zelda, qui donne à la The Legend of Zelda un côté dessin animé et qui séduit le monde entier. La licence reviendra trois ans plus tard avec Twilight Princess, et Mario finira par s'offrir un excellent Super Mario Sunshine. Il y a, du reste, assez peu de déchet dans le catalogue de la console.

La GameCube a finalement jeté l'éponge en 2007, après seulement six ans de production, une durée de vie assez courte pour la génération, et pour l'histoire récente des consoles. Elle est remplacée un an plus tôt par la Wii, dont le développement reprend des capacités et innovations qui ne sont jamais sorties sur le cube. ■ Jivé pour GameTrip.net