La nouvelle a fait l'effet d'une cartouche qu'on souffle un peu trop fort: Sony envisagerait de tourner progressivement la page du support physique à l'horizon 2028. Aussitôt, les réseaux sociaux se sont transformés en vaste réunion de crise. «J'arrête PlayStation!», «Je passe sur PC!» (ND Jivé: impossible, je l'ai déjà fait en 2004), «Ils veulent tuer la propriété!», «Le physique ne mourra jamais!».

Malheureusement, on connaît la chanson. Parce que, si l'on remonte une quinzaine d'années en arrière, il y a déjà eu une révolution qui devait signer la fin de PlayStation: l'abonnement obligatoire pour jouer en ligne. À l'époque, l'arrivée du PlayStation Plus avait provoqué une véritable levée de boucliers. Payer pour accéder au multijoueur? Une hérésie! Après tout, Sony avait longtemps mis en avant la gratuité de son jeu en ligne face à son concurrent direct. Les joueurs promettaient de boycotter le service, d'abandonner leur console ou de ne jamais céder.

Quelques années plus tard? Le PlayStation Plus est devenu... normal.

Mieux encore (ou pire, selon le point de vue), il est devenu indispensable. Le jeu en ligne est verrouillé derrière l'abonnement. Les sauvegardes dans le cloud, les catalogues de jeux, les essais, les avantages exclusifs: tout est pensé pour que l'écosystème soit difficile à quitter. Sans parler de tarifs qui ont augmenté, parfois de façon spectaculaire. Pourtant, une immense majorité des abonnés est restée. Pourquoi? Parce qu'une fois que vous avez accumulé plusieurs centaines de jeux «offerts» chaque mois, arrêter votre abonnement revient à perdre immédiatement l'accès à toute cette bibliothèque. Ce ne sont plus vraiment des jeux que l'on possède ; ce sont des jeux que l'on loue... aussi longtemps que l'on paie.

C'est précisément là que réside la force du modèle économique.

Demain, si le disque disparaît progressivement, Sony maîtrisera toute la chaîne: l'achat, la distribution, les promotions, les abonnements, les contenus additionnels et l'accès à votre bibliothèque. Plus d'intermédiaires, plus de marché de l'occasion, plus de prêts entre amis, plus de galette à ressortir vingt ans plus tard parce qu'une envie de refaire Crash Team Racing vous a pris un dimanche pluvieux. Évidemment, le support physique ne disparaîtra sans doute pas du jour au lendemain. Il restera probablement des éditions collector, quelques exceptions ou des consoles équipées de lecteurs durant une période de transition. Mais la direction prise par l'industrie semble difficile à ignorer.

Et c'est peut-être ce qui rend la colère actuelle si familière. Comme pour le PlayStation Plus, beaucoup annoncent aujourd'hui qu'ils ne suivront jamais Sony sur cette voie. Peut-être ont-ils raison. Peut-être que cette fois sera différente et foncerons se procurer le dernier GTA. Peut être que la prochaine machine sera pourvu de lecteur pour avoir enfin une totale rétrocompatibilité et limité la fuite des anti-démat'. Ou peut-être qu'en 2035, nous expliquerons à de nouveaux joueurs qu'à une époque, on pouvait acheter un jeu complet, le revendre, le prêter et y rejouer sans connexion Internet... avant de reprendre notre abonnement annuel, dont le prix aura encore augmenté, pour conserver l'accès à nos 427 jeux «offerts».

Après tout, dans le jeu vidéo, les générations passent... mais les polémiques, elles, semblent toujours avoir une fonction «New Game +». Votre avis? ■ Raulent pour GameTrip.net - Source : Playstation