On doit Pokémon au développeur Satoshi Tajiri, fondateur du fanzine puis studio Game Freak. Né en 1965, comme beaucoup d'enfants japonais, il collectionne des insectes (chose que l'entomophobe que je suis a beaucoup de mal à imaginer!). A l'adolescence, c'est au tour des salles d'arcade, et donc des jeux vidéo, d'entrer dans le cercle fermé de ses passions. C'est finalement à la fin des années 80 qu'il fonde son studio de jeu vidéo en même temps que sort la Game Boy au Japon. La légende raconte que la vision d'un câble Link (le câble de communication à brancher entre deux Game Boy) reliant deux joueurs lui aurait évoqué un support pour l'échange d'insectes. Le point de départ d'un long développement, celui de...oui, bon, vous avez lu le titre: Pokémon.

Attaque Crunch


Le but de Satoshi: permettre aux enfants des grandes villes de retrouver l'excitation (je dirais même le frisson...d'horreur) de la collecte d'insectes, de l'exploration de terres inconnues, du partage de ses découvertes avec les potos. Bref, l'aventure! Le tout, au sein d'un RPG avant tout centré sur la capture d'animaux, l'exploration et les échanges (ce qui est un poil répétitif, je vous l'accorde).

Quand je vous dis qu'on surfe sur son image!
D'abord dénommé “Capsule Monsters”, en référence aux GatchaPon, ces distributeurs de jouets en capsule typiquement japonais (que l'on retrouvait par chez nous avec des chewing-gums et autres balles rebondissantes faisant le bonheur des parents, surtout quand l'un se retrouvait collé sous la table, pendant que l'autre faisait voler en éclats vases, vaisselles, et punitions), le jeu sera rapidement renommé Pocket Monsters, titre sous lequel il sortira en 1996 au Japon. C'est en arrivant en occident (enfin, aux USA surtout) que le jeu verra à nouveau son nom changé (vive les problèmes juridiques et les conflits de licence), je vous le donne dans le mille, en...Pokémon, contraction, donc, de Pocket Monsters. Avec un accent sur le “é” dans toutes les langues (le logo officiel international le conserve). On peut donc affirmer modestement qu'il y a un peu de français dans Pokémon (et faire la nique à l'Albion, na!).

Ma partie.27 ans et près de 150h après, la pile marche toujours!
Mais les Pokémons, c'est quoi? Il s'agit d'animaux – faute d'un meilleur mot – vivants dans différents biomes et possédant différentes caractéristiques. Un énorme boulot de création graphique digne d'un Queulorior a été nécessaire pour accoucher de 150 (en fait, 151 – coucou Mew) bestioles à rencontrer au cours du jeu. Cette esthétique si typique, on la doit principalement à deux artistes: Ken Sugimori (directeur artistique) et Atsuko Nishida (surtout connue pour avoir créé...Pikachu, qui clairement fera des étincelles). Leur création n'a pas été de tout repos, puisque bien plus de créatures ont été imaginées, avec des votes au sein du studio pour garder ou virer certaines d'entre elles. Et ces petites bêtes sont de tout types (car de tout poil, ça ne suffirait pas) : des trucs dans l'eau, des trucs qui volent, des trucs avec des tentacules, des trucs qui brûlent, des trucs morts... Bref, ils se sont fait plaisir.

le développement aura pris environ 6 ans pour la petite équipe, dans des conditions que d'aucuns trouverait inadmissibleChacune d'entre elles s'est même vu attribuer un nom, à base de jeu de mots. La plupart ont été adaptés dans la langue des pays de commercialisation pour ne pas paraître trop Zarbi. Par exemple en France, une tortue équipée de canons à eau se voit nommer Tortank – tortue + tank, quand un petit dragon devient Minidraco (ouais, l'inspiration ne fait pas toujours de Reptincel). Quelques-uns ont souffert du changement de langue – un canard armé d'un oignon japonais prend le nom de Canarticho, ou le fameux Pikachu dont le nom original a été conservé...pour surfer sur ce qui devint le principal représentant de la marque via, entre autres, la série animée. Avec les mécaniques de jeu, l'histoire et la musique à créer en plus, le développement aura pris environ 6 ans pour la petite équipe, dans des conditions que d'aucuns trouverait inadmissible (la passion ne nourrit pas), jusqu'à ce qu'on se souvienne que celles-ci n'ont pas forcément changé aujourd'hui (vous savez, les gens qui dorment au boulot, qui codent 7 jours par semaine, ce genre de joyeusetés).

Il y a même un bord d'écran dédié sur Super Game Boy (accessoire SNES)!
Le jeu sortira en deux versions au Japon en 1996, Rouge et Verte, avant d'être publié à l'étranger (chez nous quoi) 3 ans plus tard avec deux autres versions, Rouge et Bleue. Le tout rejoint par une ultime version, la Jaune, adaptant le concept au dessin animé lui-même adapté du jeu (vous suivez?), où Sacha (notre héros) part à l'aventure sans rien oublier, ni pic à cheveux ni Pikachu, pour devenir le meilleur de tous les dresseurs (sans aucun répit, il relèvera les défis), ce qui pour le coup change du DA, en affrontant au passage Jessie, James et Miaous de la Team Rocket (qui s'envoleront vers d'autres cieux). Par contre, on ne connaît toujours pas le secret de leur pouvoir. Générique de con (mais culte).

Hum? Ah oui, pourquoi deux (trois) versions? Et bien, on doit cette idée à un cadre de Nintendo, un certain Shigeru Miyamoto (un gars qui a développé 2-3 bricoles méconnues, Mario et Zelda par exemple). L'idée : rendre chaque version incomplète avec des Pokémons présents uniquement sur l'une ou l'autre des versions, pour inciter les joueurs à échanger. Et vendre potentiellement deux fois plus de cartouches, mais on ne va pas non plus faire les innocents: tel un Miaous obsédé par les piécettes, il faut faire du PoGnOn.

De Regis à Regis


La folle cinématique d'intro.
Ok, mais Pokémon, ça raconte quoi? On incarne donc Sacha, qui se réveille au matin de ses 10 ans devant sa Super Nintendo au Bourg Palette. 10 ans, à Kanto, c'est l'âge où on se lance. On prend son pistolet à O, on Charge son sac à dos, on prépare son meilleur Rugissement et on va voir sa Maman. Elle le sait, elle aussi, ce qu'implique d'avoir 10 ans: c'est le moment de partir de la maison, de prendre ses responsabilités, une potion et une Pokéball. De se lancer dans la capture de centaines de Pokémon sauvages dans les hautes herbes, les grottes et les océans, à les faire combattre et évoluer pour in fine remplir son Pokédex et devenir Maître Pokémon. Normal quoi.

Et ça, ça passera par l'obtention de huit badges auprès de champions chacun spécialiste d'éléments différents (Pokémon eau, roche, plante, feu, etc.), champions dont les équipes de Pokémon devront être terrassées par la nôtre. Une fois ces badges obtenus, il est temps d'emprunter la route Victoire pour aller affronter la Ligue Pokémon, et finalement devenir le meilleur, et inscrire son équipe au firmament.

Un écran titre légendaire.
Tout ça débute par un choix déterminant: son Pokémon de départ (ou starter). Moi, j'ai pris Carapuce, la tortue d'eau. A la fin, ça devient une énorme tortue surmontée de deux canons à eau, de quoi satisfaire l'ego guerrier de tout gamin des années 90. Ce starter nous est offert par le professeur Pokémon local, un véritable pilier de la société, que dis-je, un Chen puissant. Et à son petit-fils aussi, dont il a oublié le nom (histoire qu'on puisse le choisir, le nom, mais on se contentera de Regis – c'est un con), et qui sera présent régulièrement tout au long de l'aventure pour nous défier en faisant son Racaillou. Et prendre une raclée. Même sur le Plateau Indigo. Non mais.

De nombreuses péripéties agrémentent ce voyage, la plus importante étant l'affrontement permanent de la Team Rocket, sorte de mafia du crime organisé visant à amasser des tonnes de Poké Dollar en volant notamment des Pokémons. Ce qui indique que dans ce monde, la police a besoin d'enfants de 10 ans pour régler ce genre de détail. Oups. Le chef de cette Equipe Missile (ça aurait été con, mais drôle) est d'ailleurs l'ultime champion à vaincre pour obtenir le dernier badge.

Chen, du bois dont on fait les meilleurs.
Mais d'autres épreuves attendent ce bon Sacha, entre la tour de Lavanville (poignante), la centrale électrique, l'exploration de SALOPERIES DE M** DE GROTTES A NOSFERAPTI (hem, veuillez excuser ce léger débordement lié à bientôt 30 ans de grottes à Nosferapti présentes dans la majorité des opus de la série), la visite d'un bateau de croisière, l'exploration urbaine et des ballades dans des parcs et forêts...en fait, on s'ennuie rarement dans Pokémon, surtout à Bicyclette. N'oublions pas les sempiternels (mais salutaires) centres Pokémon, où soigner son équipe et accéder à un ordinateur pour des interactions avec des humains de la vraie vie véritable. Bref, on va (veut) finir meilleur dresseur: vaincre la ligue, capturer les 150 bestioles et obtenir son diplôme.

Technique Pokémon


Ah, c'est donc ça (un Nidorina).
C'est bien beau tout ça, mais en mains, ça donne quoi? Déjà, on allume la Game Boy, c'est important. “Nintendo” apparaît, accompagné de ce tintement distinctif (un saut d'octave de 1kHz à 2kHz, ne me remerciez pas, c'est pour votre prochain dîner mondain) et enfin se lance...une cinématique! Un combat féroce entre deux créatures sur une musique épique, pour finalement arriver sur le titre du jeu. On n'a pas commencé à jouer, que déjà, on est emballé. Ouah...

Nan mais sérieux, qui l'a appelé Paul?
Le jeu est donc un RPG, il repose sur deux phases principales : l'exploration et les combats. Dans la première, on contrôle Sacha en vue du dessus. On peut interagir avec les autres personnages lors de dialogues pas toujours très inspirés (“J'aime les shorts”), mais appuyant la dépendance absolue de ce monde sur les Pokémons (par contre, on ne parle pas de ce que les gens mangent...). Des boutiques et centres Pokémon répondent présent pour, dans un cas dépenser ses Poké Dollar durement gagnés lors de combats face à d'autres dresseurs, et dans l'autre soigner ses Pokémons, les échanger ou les faires combattre face à un joueur humain. Certaines petites énigmes environnementales seront également à résoudre, soit à l'aide de capacités spéciales de Pokémons (qu'on peut leur enseigner grâce à des CS, genre coupe, force, etc.), soit en se déplaçant (en glissant sur de la glace, par exemple). Le jeu reste globalement lent aux critères actuels, mais soyons honnête, c'était l'un des premiers RPG de beaucoup d'entre nous, et ça le faisait très bien!

Et lui Jean?
Dans la seconde (les combats, suivez un peu), à mon sens la plus importante, on contrôle les Pokémons de son équipe lors d'affrontements au tour par tour. Chacun possède un maximum de 4 techniques (attaque, défense, influence sur les caractéristiques) à utiliser pour, au final, mettre KO tous les Pokémons de l'équipe adverse (pas de mort ici, c'est “non-violent” [hem]). Un système d'expérience et de niveaux (max 100) fait progresser les statistiques de ces créatures, avec un élément fondamental à certains passages de niveau : l'évolution. A ce moment-là, le Pokémon va (si le joueur ne s'y oppose pas) changer de forme, de nom, et devenir nettement plus puissant. Pendant les combats, on peut également changer de Pokémon (sur une équipe maximum de 6 bestiaux), utiliser un objet, ou, si le combat est face à un monstre sauvage, lancer une Pokéball pour tenter de le capturer (c'est techniquement faisable face à un dresseur, mais celui-ci dévie la ball), ou fuir.

Oh, une Super Nintendo!
Petit aparté sur un aspect, l'échange et le combat face à d'autres joueurs depuis le centre Pokémon, qui ont clairement eu un rôle fondamental dans le succès du jeu. J'ai pour ma part fait de nombreux combats en marge de la cour de récré avec les copains d'alors. Ca donnait un objectif supplémentaire à l'aventure “dans le jeu”, à chercher à vaincre ses amis. De plus, certains Pokémons n'évoluent que lors d'un échange (genre Machopeur en Mackogneur). Bref, un aspect indissociable et fondamental du jeu ! Retour au combat! Les techniques maîtrisées par les Pokémons sont au nombre de 165 dans le premier opus, certaines d'entre elles pouvant être enseignées aux Pokémon avec des Capsules Technique (ou CT), qu'on obtient au cours de l'aventure, et peuvent aller d'un cri pour affaiblir un peu l'adversaire, jusqu'à des Ultralaser et autres Hydrocanon ou Fatal Foudre.

Notez qu'il n'y a aucune ambiguïté sur quel Pokémon on regarde, le pixel art étant de qualité!Les attaques répondent à un système de ChiFouMi (Pierre-feuille-ciseau), les types des attaques (et des Pokémons) influençant leur efficacité. Par exemple, une attaque Bulle d'O sera très efficace sur un Pokémon de feu. Un Lance-Flammes sera très efficace sur un Pokémon plante. Par contre, un Fouet-Liane aura un faible impact sur un Pokémon feu. En pratique, il y a un paquet de types différents, et le jeu était fourni avec un livret pour résumer tous les impacts croisés possibles pour savoir si le combat qu'on vient de lancer, là, avec un Tentacruel face à un Spectrum (faites vos propres recherches) a une chance d'avoir une issue positive!

Chaque Pokémon a son propre sprite (sans sucre), vues de face et de dos, essentiellement pour les combats. Ils sont différents selon la version du jeu. Mais nous savons tous que les dessins de la version Rouge sont les plus beaux. Notez qu'il n'y a aucune ambiguïté sur quel Pokémon on regarde, le pixel art étant de qualité! À noter aussi que chaque animal a son propre cri – un grésillement GameBoyesque, certes, loin de ressembler aux cris du dessin animé (où les Pokémons disent simplement leur nom), mais reconnaissables avec un peu de pratique. La version Jaune poussera jusqu'à donner une voix à Pikachu (qu'on n'ira pas jusqu'à dire belle).

Ca doit être du Montessori, ou un truc dans le genre.
En parlant de son: les musiques. Oh! Putain! Les musiques! C'est simple, elles sont devenues absolument cultes. Quiconque y a joué il y a 25-30 ans, qui entendraient les premières notes, les reconnaîtraient aussitôt. C'est limite si les sonorités 8bits de la GB ne sont pas pour l'essentiel associées à Pokémon. Elles sont superbes et mémorables, un exploit considérant le support!
Toutes ces qualités n'empêchent pas quelques bugs (coucou MissingNo!), qui font même partie de la légende de ces premiers jeux. Déjà à l'époque, en fait – qui veut un Akwakwak niveau 138? Oh, et il y a quoi derrière le camion, là sur le quai, si j'utilise Force alors que je ne l'ai pas encore (théoriquement)?

L'envol du Pikachu


Volée de bois verts évitée!
Le jeu sort donc le 27 février 1996 au Japon (8 octobre 1999 en France), et c'est un début plutôt modeste. En fait, on est après la sortie de la PS1, la Game Boy est en perte de vitesse, il y a une confiance somme toute limitée dans la réussite du soft – ce qui explique aussi la sortie encore plus tardive chez nous, qui n'était même pas envisagée initialement (au moins, on a moins de bugs qu'au Japon). Le jeu arrivera chez nous en même temps que le DA (merci TF! Jeunesse). Mais finalement, un très bon bouche à oreille fait son office, boostant les ventes de manière aussi inattendue que spectaculaire, devenant un vrai phénomène générationnel.

Un pistolet à eau de 50cm.
Pokémon se déclinera, donc, en dessin animé, mais aussi en jeu de cartes à collectionner (Pokémon TCG, également adapté sur GBC), films (animé ou en prise de vue réelle), peluches, jouets, manga, vêtements, sextoy (oui, j'ai dû faire cette recherche, et vous êtes tous dégueulasses), goodies variés, ...jusqu'à devenir la licence culturelle la plus lucrative au monde. En 2026, on approcherait les 500 millions de jeux vendus en 30 ans. Pour l'anecdote, en 2014, une partie de Pokémon Rouge a même été jouée par 1 million de personnes en même temps sur Twitch, devenant pendant quelques semaines un véritable phénomène. Notez que Pokémon s'est aussi décliné en de nombreux jeux hors-série, sortant du RPG, pour proposer de la photographie, du combat (VS fighting), du puzzle, de la gestion, etc. ■ Flappy pour GameTrip.net