Givet, footballeur le jour et gérant GameTrip la nuit.
La guerre FIFA-PES dans les années 2000, on y avait droit chaque année. «Et si cette année FIFA rattrapait son retard sur PES dans le réalisme?» «De toute façon, il n’y a presque pas de licence dans PES, ça ne sert à rien». Presque comme dans les années 90 et les joueurs Mega Drive contre les joueurs Super Nintendo, il fallait choisir un camp. Pour ça, c’’était simple, les vrais connaisseurs, les amoureux du ballon rond jouaient sur PES, tandis que les autres faisaient du pousse-ballon sur FIFA. Il faut rappeler que le rapport de force n’était pas du tout le même. D’un côté, Electronic Arts, avec beaucoup de moyens et payant les droits FIFA depuis le début des années 90, pouvant consacrer une armée de développeurs sur le jeu et ayant fait du sport leur fond de commerce. En face, Konami, plus précisément KCET, une succursale, devant faire avec les moyens du bord, la simu de football n’étant pas dans les premières pages du catalogue de l’éditeur nippon. Pas de droits FIFA, mais FIFpro, mais surtout un facteur très important: le rôle de l’outsider. PES, ou ISS Pro dans les années 90, a mis longtemps pour être considéré comme un concurrent à FIFA aux yeux du grand public. La licence s’est toujours voulue exigeante, réaliste et partisane du beau jeu, de la stratégie.

Là ou FIFA assumait son côté arcade et son côté ultra grand public, PES permettait aux joueurs d’affiner sa formation, sa stratégie, de passer en mode défensif ou offensif en plein match, de jouer collectif et de construire ses actions pour espérer se créer des occasions franches. Il fallait également gérer la forme des joueurs, tenir compte de leur fatigue, leur mauvais pied, leur capacité à marquer de la tête, etc. Il fallait connaître son équipe et préparer ses recrutements en fonction des profils déjà présents pour réellement se renforcer. Alors oui, la grande majorité des équipes n’avait pas de licence mais on pouvait y remédier, nous y reviendrons.

Ooh oui Greg il la sort!


Entrons dans le vif du sujet: le gameplay. Chez Konami, la zone de confort n’existe pas et il faut sans cesse se renouveler, car les nouveautés de l’an passé vont être reprises à l’identique (ou en mieux) chez la concurrence. Tout est une histoire de détails. Par exemple, ce PES 5 voit l’arbitrage intelligemment revu: il laisse réellement l’avantage sur une faute et le jeu se poursuivre, à vous ensuite de continuer l’action ou de mettre le ballon en touche (ou pas) si un de vos joueurs est blessé. D’une manière générale, l’arbitrage est plus strict, sifflant parfois des fautes pas si dures et dégainant son carton beaucoup plus facilement. J’ai souvenir de premiers matchs avec minimum quatre à cinq cartons reçus, le temps de s’habituer à ces changements. Cette modification ne vient pas pour autant hacher le jeu et rendre les matchs interrompus par des coups de sifflet à tout bout de champ.

Autrement dit, les défenses se révèlent bien moins perméables que dans PES 4.Les matchs gagnent même en spectacle et en intensité, grâce notamment aux ajouts qui n’ont l’air de rien mais sont devenus des éléments de jeux de foot depuis. Les gestes des joueurs sont bien mieux décomposés et perdent leur allure robotique, ils adaptent leur posture et leur gestuelle face à un ballon qui change subitement de trajectoire. Au lieu de faire une tête sur un ballon à mi-hauteur, la reprise de volée sera privilégiée, ce qui est bien plus logique. Les joueurs protègent désormais mieux leur ballon en mettant leur corps en opposition, donnent des coups de rein pour tacler debout avec le bout du pied et jouent davantage du physique, épaule contre épaule. Cela n’a l’air de rien, mais ça change la donne et accentue le réalisme déjà élevé de la saga. Autrement dit, les défenses se révèlent bien moins perméables que dans PES 4.

Le niveau de la défense ayant été rehaussé, obtenir une occasion nette est plus rare, surtout dans les niveaux de difficulté plus élevés. Mais c’est beau. Parvenir, grâce à une action de jeu bien construite, à effectuer un tir enroulé à 25 mètres donne des frissons. Les gestes sont léchés, fluides et la physique du ballon incroyablement bien reproduite. Les hors-jeux sont plus fréquents, les gardiens plus vifs. PES, avec son rythme plus lent que FIFA, mise sur le réalisme et cela s’en ressentait jusque dans la conduite de balle. Le joueur pousse sa balle et court vers elle, on sent les appuis de chaque foulée sur la pelouse, alors que son concurrent donnait une sensation de «glissement» sur le terrain du joueur et de sa balle, comme s’ils étaient un duo inséparable dès que celle-ci arrive dans la zone proche du joueur.

Main opposée Richard!


MESSI LA FRAAAAAPPE8 Ah non c'est pas lui.
En plus de l’intensité, les matchs gagnent également en spectacle. Graphiquement, le jeu fait un léger bond en avant, la mise en scène est un peu plus soignée et on distingue des supporters dans les premiers rangs plus détaillés, n’ayant pas tous les mêmes visages et les mêmes vêtements. Les joueurs les plus connus voient leur visage modélisé, pour les autres, à vous de jouer, nous y reviendrons. Les stades sont jolis et fidèlement reproduits, également modifiables, mais restent en dessous de FIFA et ses gros sous pour bénéficier des vrais stades, gnagnagna. 

Alors oui, il manque énormément de joueurs et licences, mais ce n’est pas ce qui compte, sachant que ce problème se règle via le fameux mode Modifier. Mais nous y reviendrons, j’ai dit. Ce qui importe se passe sur le terrain et dans la manière d’aborder les matchs. Au menu des nouveautés, la formation est revue. Par exemple, prenez un 4-4-2 tout ce qu’il y a de plus banal. Il est possible d’affiner ce 4-4-2 avec une version A1, A2, B1, B2, C1 et C2. Sur chacune de ces formations, vous ajustez le placement de chaque joueur si vous le souhaitez, mettant les ailiers le long de la ligne de touche, un attaquant plus haut ou plus bas ou en resserrant les milieux centraux. Et l’on passe ensuite de l’une à l’autre formation assez facilement, selon la situation du match. Autre option, devenue simple élément de jeu depuis, l’affichage d’une barre de fatigue par joueur, affichée en jeu sous le nom, représentant une barre verte qui descend au fur et à mesure. Évidemment les joueurs plus âgés ou qui courent beaucoup seront plus vite fatigués. C’est tout bête, mais cet ajout n’était qu’une option dans PES 5.

Fabuleux, tout simplement fabuleux


Ronaldo hors-jeu évidemment.
Au niveau des modes de jeux, c’est toujours pareil. On garde les mêmes et on recommence. Le mode Match vous permettra de jouer un match, seul, à plusieurs ou de jouer seulement les penalties. Vient ensuite la fameuse Ligue Masters. On peut commencer au choix avec les joueurs du mode Match, les joueurs inventés comme Castello, Valery, Zamenhof, Burchet ou encore Espinas ou en créant une équipe originale, ce qui doit prendre pas mal de temps. Là pareil, si vous avez acheté le choix des équipes, vous pourrez faire votre propre ligue masters avec les équipes que vous voulez et tout le bordel. L’interface est la même que dans le précédent opus, avec sur la gauche le match qui vient, le menu horizontal avec les négociations, le réglage des conditions, l’évolution de vos joueurs, la sauvegarde et l’édition de l’équipe etc. Pareil pour les divisions et les coupes WEFA etc. La Ligue Masters n’a pas bougé d’un poil.

Passons au mode Ligue. Vous pourrez jouer une ligue mondiale, avec les pays ou les clubs et jouer chaque championnat existant, de la Liga à la Serie A, en passant par la Premier League. Nouveauté, vous pouvez jouer les coupes nationales et choisir si la scène d’entrée est présente, absente ou seulement présente pour les matchs importants. Le mode Coupe ne propose aucune nouveauté, avec les coupes de chaque continent et la coupe Konami. Arrive ensuite le mode Entraînement, avec l’entraînement libre, l’entraînement en situation, le mode challenge, le challenge original, le mode débutants et l’explication des contrôles. Pour les habitués des PES, ce mode est inutile. Les newbies seront par contre aux anges. Vous pouvez également gérer vos sauvegardes, la configuration de la manette (pas de configuration «à la FIFA», marrant), le son, le musée avec les coupes et les buts enregistrés, le magasin PES, le langage et l’écran. Vous y retrouverez les mêmes choses à acheter avec cette fois-ci en plus des coupes de cheveux, des célébrations de buts, des ballons, etc. 

Oh ça suffit!


Oh, D'Artagnan!
Comme promis, passons au mode le plus intéressant: le mode d’édition, qui a beaucoup changé. L’édition des joueurs est toujours aussi pointue. Pour sélectionner le club, l’interface a évolué, puisque tout est trié par ligue ou continent, ce qui se révèle très pratique. Mais vous pouvez toujours naviguer avec les touches L et R. Vous pouvez tout modifier : les stats, la coupe de cheveux, la façon de courir, de tirer les coups francs, les crampons, et j’en passe. On peut même créer son propre joueur et le mettre dans l’équipe de son cœur. Le choix est large, on peut mettre un col roulé, une chaîne avec pendentif, des shorts moulants qui vont sous le short, des bracelets, des trucs éponges sur les doigts comme les Tragédie (mais si, vous vous rappelez!) et pour le reste c’est pareil. Sachant que l’on peut faire ça pour tous les joueurs, c’est plaisant. Certains pays et clubs ont cependant gardé les faux noms comme l’Allemagne et Oliver Kalm, les Pays-Bas et Von Nistelroum ou la Côte D’Ivoire avec le très populaire Didier Doltra, alors qu’il est sur la jaquette du jeu. Les joueurs de clubs ont leurs vrais noms, heureusement. 

Dans le mode édition, vous pouvez aussi inscrire les joueurs dans les équipes nationales et faire des transferts. Ce qui est pratique, c’est qu’en transférant un joueur dans un club, il est immédiatement dans ce club. Pas besoin de retourner dans son ancien club pour le modifier. Autre chose pratique, ce sont les joueurs qui sont partis dans des clubs qui ne sont pas dans le jeu, vous pouvez les mettre en joueurs libres. C’est mieux que de les mettre dans un club dont on se fout royalement comme le Partizan Belgrade. L’édition des équipes a changé. Vous pourrez modifier les maillots des pays, des clubs anglais (exceptés Arsenal et Chelsea), les clubs français et allemands. Certains clubs des Autres Ligues sont à modifier également. Il y en a quand même pas mal dont Konami a eu les licences et sponsors, comme le Celtic Glasgow, Kiev, Porto, Galatasaray, Rosenborg, ou les Glasgow Rangers, sans oublier les ligues hollandaise, espagnole et italienne... Un seul club brésilien est présent: Sao Paulo. Mouais. L’édition des maillots a sensiblement changé. Vous choisissez la forme du col, son motif, les manches, et vous avez deux combinaisons possibles pour la partie centrale. Vous pouvez donc mettre des lignes verticales et une ligne en diagonale si vous le voulez. Bon, ça sera moche, mais c’est faisable. L’édition des sponsors est plus poussée. Vous ajoutez du texte, des logos sur le devant mais aussi dans le dos du maillot et sur le short. Ça prend du temps c’est sûr, mais cela compense le manque de licences et on oublie FIFA. Et imaginez sur PC ou le modding se fait bien plus rapidement en installant un patch. Il sera également possible de modifier l’emblème et le stade. Le reste du mode édition est du déjà vu, avec l’édition des numéros, des noms des stades, des ligues, et grande nouveauté des crampons. Tout un tas de motifs vous attendent, et pour chaque crampon créé vous pourrez lui ajouter trois coloris. Notez qu’il y a des crampons estampillés Adidas, fini Umbro. 

Ressemblant, non?
Pour faire simple, Pro Evolution Soccer 5 est un excellent jeu. Il demeure évidemment le must du genre de l’ère PS2, et si PES 6 reste populaire encore aujourd’hui, sa technique et ses nouveautés viennent de PES 5, le plus stable techniquement et équilibré dans son gameplay. On note toutefois quelques défauts assez agaçants. Premièrement, les graphismes sont loin d’avoir évolué. Il n’y a que le public qui ait subi une mise à jour. Après avoir joué à Winning Eleven 9, la version japonaise de PES, on remarque immédiatement (et ce n’est pas une nouveauté) l’«arcadisation» de la version européenne. La version japonaise qui sort plus d'un mois et demi plus tôt et bien plus dure et l’aspect simulation est réellement présent. Difficile de s’extasier devant PES5 après WE9. On reste cela dit bien au-dessus de FIFA. Autre reproche, l’absence du mode «Go for 2006». WE9 nous propose un mode permettant de jouer toute la qualification de l’équipe du Japon pour le mondial 2006 et de le jouer directement. Ce mode est absent de la version européenne. On continue d’ailleurs sur les mauvais points, avec des commentaires affligeants de stupidité et une IA parfois déficiente (un attaquant adverse qui court avec le ballon vers son camp par exemple). Mais ces défauts ne gâchent pas le plaisir de jeu, heureusement... ■ Robin Masters pour GameTrip.net