Paris en automne, les derniers mois de l’année, et la fin d’un millénaire. La ville évoque en moi des souvenirs de café et de musique, d’amour… et de mort. 

Une sombre histoire de clown.
Cette introduction, celle des Chevaliers de Baphomet, reste en mémoire de tout joueur ayant vécu les aventures de George Stobbart, ce touriste américain venant de Californie. Premier volet de la saga Broken Sword, dont notre test est à lire sur GT, réalisé par l’immense Charles Cecil et le studio Revolution Software, ce point & click moderne brille par ses graphismes, sa mise en scène réussie, son scénario mystérieux et surtout par la qualité des dialogues, remarquablement bien écrits. Sorti à l’automne 1996 sur PC et Playstation, Les Chevaliers de Baphomet s’inscrit dans la lignée des classiques du genre, comme The Secret of Monkey Island, DoTT ou encore Indiana Jones and the Fate of Atlantis. Loin d’être le jeu le plus vendu, il demeure encore aujourd’hui l’un des plus marquants du genre et de l’année.

Ce château iconique regorge de mondes à découvrir.
Mais alors, quels sont les jeux les plus vendus cette année-là? Pas de suspense, tout en haut du classement, nous retrouvons Super Mario 64. Le jeu de Nintendo, sorti en milieu d’année au Japon et dans les Amériques à l’automne, rafle tout sur son passage: score Metacritic de 94%, score GameRankings de 96,41%, 39/40 chez Famitsu, à l’époque où le magazine japonais ne mettait pas encore de 40/40 à tout va. Imaginez que des jeux comme Zelda: A Link to the Past ou Virtua Fighter 2 n’ont pas obtenu la note maximale alors que Vagrant Story ou Nintendogs, si. Fin de l’anecdote. Il est toutefois important de noter que les journalistes de Famitsu notent selon des critères subjectifs assumés de plaisir de jeu ou d’enthousiasme, là où les magazines occidentaux se concentrent sur la technique, le gameplay, les graphismes, oubliant parfois le plaisir de jeu. Voilà pourquoi sur GT les critères de Fun et Nostalgie comptent pour moitié dans la note d’un jeu lors de nos tests.

Puissance et gloire


Une image de puissance donnée par Nintendo.
Fin de l’aparté. Super Mario 64 apporte un vent de fraîcheur avec lui, grâce à la 3D et une aventure de inédite, longue, difficile, exigeante et incroyablement grisante. Ce château, ces couloirs, ces niveaux complexes et tous ces passages secrets, le tout sans carte pour se guider, Super Mario 64 est un chef d’oeuvre entre deux époques, celle avec des jeux exigeants, et celle avec la 3D et ses graphismes réconfortants. Au-delà des critiques positives, le jeu s’est vendu à près de 3 millions d’exemplaires dans le monde en 1996. Une belle prouesse pour un jeu sorti en milieu d’année seulement. Il faut dire qu’il accompagnait en bundle la Nintendo 64, console vendue à 2,7 millions d’unités l’année de sa sortie. Première console en 64 bits, il s’agit également de la dernière console de salon à cartouche, si l’on ne compte pas la Switch et ses cartouches/cartes SD. La Nintendo 64 arrive sur un marché déjà très concurrentiel pour succéder à la Super Nintendo, en fin de cycle, bien qu’elle se soit écoulée à 1,7 millions d’unités cette année-là. La N64 emmène avec elle Super Mario 64, Wave Race 64, Pilotwings 64. Si on retient principalement le premier, de grands succès arriveront les années suivantes.

La numéro 1 demeure la PlaystationCette sortie marquante de la console de Nintendo ne fera toutefois pas d’elle la console la plus vendue de l’année. La numéro 1 demeure la Playstation, qui s’écoule à 6,6 millions d’exemplaires, soit plus du double de la N64. Il faut dire que la console est bien installée, avec un catalogue de jeux étoffé et des sorties marquantes en 1996 comme Tekken 2 et Resident Evil, s’écoulant à plus de deux millions d’exemplaires chacun. Mention honorable à la Saturn, qui s’écoule à 4 millions d’unités durant l’année, soit un peu moins de la moitié de ses ventes totales entre 1994 et 2000. Sega cherche à faire au moins aussi bien que la Mega Drive mais n’y parviendra jamais.

On notera que, malgré sa puissance en théorie deux fois supérieure à la PS1, la N64 vend bien moins que sa concurrente. De 1994 à 2004, c’est 100 millions de Playstation vendues contre 32 millions de N64 entre 1996 et 2002. La puissance ne fait pas tout, le catalogue de jeux, le design de la manette et l’imprévisible accueil du public demeurent les facteurs de vérité implacables. Sony reproduira le schéma victorieux quelques années plus tard avec la Playstation 2 qui écrasera la Nintendo GameCube et la Dreamcast, deux excellentes consoles mais le marché est impitoyable.

En 1996, Sacha touille


Attrapez-les tous?
L’autre gros succès de l’année se situe chez Nintendo, qui domine sans mal le marché de la console portable avec 4 millions de Game Boy vendues, un phénomène expliqué en immense partie par la sortie de Pokémon, dans ses versions Rouge, Bleu et Vert. Nintendo réalise un excellent coup marketing avec un dessin animé très populaire, qui amènera une énorme quantité d’enfants à réclamer le jeu et sa console à leurs parents. De plus, Big N en profite pour sortir la Game Boy Pocket, 30% plus petite que son aîné mais avec un écran plus grand qui perd son aspect verdâtre et une bien meilleure autonomie. Rappelez-vous, cela fonctionnait à piles, rechargeables ou non, donc on optimisait notre temps de jeu. Fini le gris, la GBP existe en rouge, vert ou bleu (comme les versions Pokémon, tiens) et d’autres couleurs par la suite. 

La licence la plus rentable de tous les tempsVéritable phénomène de société, Pokémon devient si populaire que même ma grand-mère connaît. Dessin animé mais surtout jeux vidéo et cartes se vendent encore à prix d’or aujourd’hui sur le marché du retrogaming, la Pokémania aura toujours été alimentée par Nintendo, qui aura été très malin en plaçant certains Pokémon ultra rare sur chaque version, rendant la nécessité de posséder toutes les versions quasi obligatoires pour les collectionneurs. De 150 monstres à attraper en 1996, nous sommes passés à 1025 espèces recensées en 2025. Bref, Pokémon, c’est un business ultra rentable pour Nintendo, ayant généré en 2021 plus de 105 milliards de dollars, soit la licence la plus rentable de tous les temps.

Ah, t’as ri?


Le premier grand frisson pour beaucoup de joueurs.
L’année 1996 n’aura pas été uniquement celle de Pokémon ou Super Mario 64, on compte beaucoup de sorties de qualité et devenues des classiques. Hormis Broken Sword cité plus haut, on jouait sur PC à Command & Conquer et son add-on Alerte Rouge, au moins aussi connu que le jeu principal, au mythique rogue-like Diablo, à la gestion sur Civilization II, au FPS sur Quake ou encore à Duke Nukem 3D. La Playstation accueille en 1996 les aventures de Jill et Chris dans un drôle manoir dans Resident Evil, d’autres aventures plus exotiques avec Lara Croft dans Tomb Raider, de la plateforme en 3D un peu loufoque avec Crash Bandicoot, de la course avec l’excellent Formula 1 et de la course plus futuriste avec Wipeout 2097. La Saturn, toujours très orientée à l’est, voit les jeux Enemy Zero et Sakura Taisen, acclamés par la critique et faisant de bons chiffres localement. La SNES n’est pas en reste avec Super Mario RPG ainsi que Donkey Kong Country 2 qui réalisent de très bonnes ventes.

Une console iconique.
Que du positif en 1996, donc? Presque, puisque chaque génération de consoles amène son lot de nouveautés mais condamne des entreprises ou d’anciens supports de jeux. Au carnet noir, on inscrit donc le Virtual Boy, ce casque VR avant l’heure, la 3DO après seulement trois années d’existence, la Sega CD qui n’a plus d’intérêt, tout comme la 32X avec la Saturn désormais bien installée sur le marché. La disparition la plus triste et brutale est celle de la Jaguar d’Atari, une très bonne console 64 bits n’ayant vécu que 3 ans, sa fin étant précipitée suite au rachat d’Atari par la société JTS qui débauche les employés et liquide les stocks, marquant la fin officielle de la société Atari, bien que la marque perdure par Hasbro Interactive qui en acquiert les propriétés intellectuelles en 1998.

Et donc?


Je n’ai jamais été aussi heureux que cette année-là. Les Fugees, Robert Miles, Boris et Ophélie Winter squattaient les ondes radio et le Hit Machine, on regardait encore le Club Dorothée et beaucoup d’entre nous jouaient aux Pogs. Au cinéma, on avait le choix entre Mars Attacks!, Independence Day et Space Jam. Côté jeu vidéo, on s’émerveillait devant Super Mario 64, Tomb Raider et on se bastonnait sur Tekken 2. C’était 1996, c’était il y a 30 ans, il y a un siècle, une éternité. ■ Robin Masters pour GameTrip.net