GameTrip : jeux vidéo oldies, tests, dossiers, vidéos

Quand la jaquette retourne sa veste: l'exemple des jeux Game Boy

  0 avis
Vous vous souvenez l'époque où les jeux n'étaient pas encore tout à fait mondialisés? Mais si, quand on recevait nos jeux et consoles avec 2 ans de retard parce que l'Europe, quand même, c'est pas aussi intéressant que le Japon ou les États-Unis. Et bien, il arrivait que les-dits jeux, en 2 ans, ils aient le temps de changer d'apparence. Aujourd'hui, on va parler jaquette!
Avant toute explication, une petite mise en situation. La petite histoire qui m'a mené à écrire ceci aujourd'hui. Imaginez, vous allez chez votre revendeur (non, vous ne me ferez pas croire que vous en trouvez encore des neuves!) habituel de cartouches grises (c'est Flappy derrière la plume donc ça va parler GB). Derrière la vitrine, à moitié caché par un autocollant 2€, qui vous emmerde d'avance à l'idée que vous risquez de déchirer l'étiquette sur laquelle il est posé, vous voyez un jeu qui vous est inconnu.

Je m'appelle Flappy, voici mon histoire...

Un gun, dame!
Entendez par là que vous ne reconnaissez pas ladite étiquette (que vous risquez d'arracher), ce qui vous fait sous-entendre que vous n'avez pas le jeu (petite précision: pour plus d'immersion, imaginez que vous n'avez pas internet sur votre téléphone, c'était mon cas lors de cette histoire). Pour moi, cette étiquette, c'était celle là (photo à gauche, par facilité, je montrerai les boites plus que les cartouches, souvent plus facile à observer).

Et là je me dis «Cool un jeu avec un mecha qui tire partout, en plus c'est la version Jap ça doit être relativement inconnu». Il est vrai que le titre, Burai Fighter, me disait très vaguement quelque chose, mais bon peu importe, puisque je ne connais pas l'étiquette. Non? Et bien non. Une fois rentré, je m'adonne à mon rituel d'avant essayage de ma nouvelle acquisition: remplir mon fichier de jeux GB. Et là, horreur et incompréhension: j'ai déjà un jeu avec ce titre. D'ailleurs en fouillant, je l'ai retrouvé, il ressemble à ça (photo à droite).

Les indispensables collants moulants.
Alors ok, le titre c'est le même (bien que le Deluxe ne soit pas écrit de la même façon), mais franchement, ça n'évoque pas du tout la même chose (à part qu'on va tirer partout). D'un côté un gros mecha façon manga, de l'autre un dessin évoquant les BD de science fiction des années 70, genre ersatz de Flash Gordon (à ne pas confondre avec Flesh Gordon, bande de petits coquins). Mais pourtant, une fois la cartouche insérée, c'est exactement la même chose.

Adaptation au public? Légère arnaque, à une époque où l'import est beaucoup moins aisé qu'aujourd'hui? Il y a une tendance dans la BD à faire de même, ressortir les mêmes mais avec une couverture différente, des fois que le chaland se fasse avoir. Toujours est-il que je me retrouve avec plusieurs doublons dus à ces différences de Cover Design («jaquette» en langue vin rouge et clacos). Je vous propose du coup, pour ce petit dossier, de nous intéresser à une dizaine de jeux pour lesquels on peut trouver des images différentes et qui finalement ne changent que par la langue du livret d'instruction! Évidemment, ce dossier n'a pas pour but d'être exhaustif – rien que sur cette console, il y aurait sûrement de quoi écrire un livre – mais de simplement regarder de belles images... Et parfois de s'interroger sur le pourquoi du changement. Et on ne parlera que de Game Boy, et quasi uniquement de jeux que j'ai dans ma petite collection. Seulement. Parce que.

Megaman (1-5)

Méga-Europe/Méga-US.
Dans l'image de couverture, j'évoque une triade façon US vs. EU vs. JAP, mais en pratique, les jeux US et EU (américains et européens) ont souvent les mêmes jaquettes, une grande partie d'entre eux n'étant même pas traduis pour le public européen non anglophone (ce qui, la plupart du temps, n'a pas beaucoup d'importance). Il s'agira donc surtout d'un comparatif entre jeux vendus en ''Occident'' et au Japon.

Méga-Japon.
Alors commençons par un grand classique! Ici, outre que Megaman (ici sur l'image de gauche, version européenne) s'appelle Rockman au Japon, on voit que les couvertures sont complètement différentes! En plus de rajouter un World aux versions japonaises, le sous-titre Dr. Willie's Revenge des versions occidentales du premier opus disparaît une fois au Japon (phrase à probablement prendre dans le sens inverse pour être juste temporellement).

Au moins, on évite l'horreur des jaquettes NES...
La plupart des jaquettes ont cependant des points communs dans l'esthétique (la présence ou non du chien, de certains monstres, etc.) qui appuient tout de même leur origine commune. Par contre, j'ai du mal à bien saisir l’intérêt de ce changement de dessin. S'il est vrai que la version européenne a été légèrement américanisée (les couleurs sont moins criardes par exemple), les gros yeux restent là, et même le bras canon, qui a tendance à passer de droite à gauche et inversement en fonction du numéro, reste le même entre Japon et Europe.

Je dis depuis tout à l'heure «version européenne», car pour une raison qui m'échappe encore plus, le premier opus est différent aux US (cf image de gauche). Et les 4 suivants étant identiques... Allez savoir!

Les Tortues Ninja (1-3)

Tordues Ninja.
Toujours du classique, et pas des moindres s'il vous plaît! Là aussi, de belles différences sont à noter! D'ailleurs, je me suis aussi fait avoir ici, par le numéro 2 (pochettes US à droite, japonaises à gauche), que j'ai donc en double. Regardons donc ça de plus près.

Pour le premier jeu, c'est clairement la même image amoindrie dans la version japonaise ; on retrouve bien nos quatre tortues qui tirent la tronche en attendant de dézinguer les séides du clan du pied. Ça rappelle aussi pas mal la jaquette de l'opus NES, avec Léonardo qui retrouve sa bonne couleur de bandeau (par rapport au dessin animé).

En attendant les animés japonais.
Pour le deuxième, la différence est bien plus importante, et moins compréhensible. La version occidentale montre les tortues dans les égouts, ce qui est sommes toutes, tout à fait normal. On les voit, prêtes à dégommer du méchant, bref, classique. Un peu agressif peut-être. La version japonaise, de son côté, n'est pas très représentative du contenu. Si on est plus proche du dessin animé, avec les tortues qui déconnent, on s'attend plus à un jeu de skate ou un ensemble «drôle», ce qui n'est pas spécialement le cas de ce jeu.

Et enfin le troisième présente par chez nous un Léonardo hideux prêt à en découdre (bref, comme pour les deux précédents) quand la version japonaise nous donne à voir, comme pour le deuxième, des tortues tout sourire qui n'attendent que leurs pizzas (qui sont peut-être perdues, quand on voit Donatello chercher son chemin et Raphaël s'amuser avec une clef, pendant que Léonardo et Michelangelo cherchent les restes de leurs pizzas précédentes).

Castlevania II: Belmont's Revenge

Draculé!
Après tout, les classiques, c'est sympa! Alors là, dans les deux cas, on a tout: de l'heroic fantasy, des muscles, un fouet. Les japonais mettent en avant le vampire et les chauve-souris, la version qui nous a été proposée met plus l'accent sur les décors des quatre niveaux qu'on retrouvera au fur et à mesure de l'aventure. Bon, et bien entendu comme pour tous les jeux de la série Castlevania, le titre est différent. Belmont's Revenge sous nos latitudes, quand au pays du soleil levant, le titre devient Dolakula Densetsu, soit la Légende de Dracula, et ce sans sous-titre. Étonnamment, dans les deux cas, l’esthétique est très américaine, faisant penser à des comics des années 60. Et disons le franchement, dans les deux cas, ça en jette (grave!).

Duck Tales

La bande à l'emplumé.
Et oui, la bande à Picsou (Wouhou!) a eu droit à ses différentes versions, elle aussi! Assez peu de choses à dire ici, sinon qu'on retrouve bien les personnages du jeu, avec le graphisme Disney. L'accent aventure est plus mis en avant côté occident, avec l'hélicoptère et la carte, quand la version japonaise met l'accent sur les personnages. Disons que la version japonaise est plus honnête, en laissant Flagada Jones à son rôle réel, au même niveau que les autres, laissant la part belle à Picsou.

Go! Go! Tank

Arrête ton char.
Ah, un jeu peu connu que je finirais bien par vous présenter! Alors là, c'est un peu chelou. On pourrait se demander ce qui est passé par la tête du distributeur américain pour pondre un truc pareil. Ça sent le graphiste à qui on a vaguement raconté le synopsis du jeu mais qui n'y a pas joué. Voyez, un truc du genre: «Alors tu vois c'est un avion et un tank et c'est la guerre. Ah oui, j'ai oublié de te dire, l'avion et le tank c'est les gentils, et leur pays a été attaqué par les méchants. Et donc ben ils font la guerre quoi. Tiens regarde la pochette des Japonais, c'est pour le titre. Et donc bon tu vois c'est les Japonais ils ont fait ça en manga, normal. Bon tu peux faire la jaquette pour nos bons petits américains à qui il faut faire comprendre qu'on est les gentils, là, pendant la guerre du Golfe?» Enfin, cette dernière remarque peut sembler un peu anachronique, vu que Go! Go! Tank est sorti quelques mois après la fin de la guerre du Golfe. Mais il suffit que la demande ait été fait 6 mois plus tôt et c'est bon...

Bref, voilà, le gars, il a compris qu'il faut reprendre le titre, que c'est la guerre, et qu'il y a un avion et un tank. Et même si c'est en manga sur l'original, on s'en fout, c'est mieux si c'est réaliste. Non? Ah, et l'avion manga a un grappin, on va lui en mettre un. Bizarre mais bon, c'est un jeu pour gosse alors, ça passe... Mais le jeu est cool, et clairement pas servi par sa ridicule jaquette occidentale!

Nemesis et R-Type

Resident Type 3 - Nemesis.
Je mets ces deux jeux en même temps car les commentaires à faire sont similaires. En effet, dans les deux cas, on se contente de changer l'orientation du vaisseau (un simple miroir pour R-Type) et de changer le monstre du fond – l'alien boss du premier niveau pour la version nippone, un immense vaisseau pour la version de l'Ouest.

La version japonaise de Nemesis est juste magnifique! On sent un petit côté Albator, et ils assument le côté loufoque et grandiose de la série Gradius (histoire de bien troubler les joueurs, la version portable ne porte pas le nom de la série originelle...) avec un Moai de l'île de Pâques s'apprêtant à combattre aux côtés du vaisseau amiral ennemi! On est plus sur un graphisme façon années 70/80 d'anticipation pour la version de chez nous. Petite mention spéciale pour la libellule robot dans la version japonaise de R-Type!

Kirby's Pinball

Flippant?
Et oui, même le plus japonais des personnages Nintendo a droit à une jaquette différente à l'Est et à l'Ouest! Sur les jeux les plus récents (enfin, sur les 20 dernières années), il est assez connu que les versions américaines des jeux Kirby sont rendues plus agressives (Kirby fronce les sourcils), comparées aux version japonaises. Je n'ai jamais vraiment compris en quoi une boule rose dans un monde tout choupi se doit d'être plus méchante pour se vendre aux États-Unis (sauf si on les considère plus violent... Mais nous n'irons pas jusque là, hein? Je veux dire, c'est pas comme si c'était un pays où certains états permettent de posséder une arme à feu avant le permis de conduire ou le droit de boire de l'alcool... Hum? Hors sujet? Pas sûr...)

Pour ce qui est de Kirby's Pinball Land, les différences sont telles qu'on peut juste se rendre compte que le personnage est vaguement le même (bien que plus Kawai chez les Japonais) et qu'il s'agit d'un flipper (c'est écrit dessus). En fait, tout est au rendez-vous: les flips, les rouleaux, et quelques méchants de l'univers. Bon, étonnamment, Pinball est écrit dans nos lettres au Japon, mais pas Kirby. D'ailleurs, le Land est rajouté sur notre version (le titre japonais étant Kabi no Pinball soit Kirby's Pinball dans la langue des frères Stamper), probablement pour surfer sur les succès des Mario sur le même support.

Nail'n Scale/Dragon's Tail

You touch my tralala.
On a eu la boite différente, le titre légèrement différent. Cette fois, le titre n'est pas du tout le même! Là, comment je pouvais savoir que j'allais avoir deux fois le même jeu? Bon ok, il y a un dragon sur les deux boites, et le mec (un espèce de Mario sans moustache chez nous, un Goku sans queue de singe au Japon) tient un pieu dans les deux cas. Et il y a un robot dans un coin ainsi qu'un deuxième joueur. Mais franchement, le titre n'est même pas le même!

J'étais content comme tout de trouver une nouvelle cartouche, surtout avec un design aussi sympa que celui de Dragon Tail, mais une fois la cartouche insérée, se retrouver avec un nouveau doublon, c'est rageant! En tout cas, je trouve que la version japonaise est bien plus soignée que la version qui nous est parvenue. Cette fois, le côté manga sert vraiment à attirer le chaland... Même s'il cache qu'on va passer le jeu à sauter sur des cubes!

Avenging Spirit

USpirit / JavengingPon / AvEuroping.
Celui là est tout particulier pour moi, car c'est le tout premier test GB que j'ai écrit il y a bientôt 10 ans, sur un blog nommé Flappy-Spirit (le Spirit, c'est Avenging Spirit, je finirais bien par en faire un test ici – le Flappy, ça vient de Flappy Special... dont je vous parlerai aussi plus tard!). Bref, un bon jeu pour achever ce dossier!

J'ai moi-même été surpris à la rédaction de ce premier test, en découvrant la jaquette américaine de ce jeu, alors que ma cartouche est la version européenne (à droite), très proche esthétiquement de la version japonaise. Aux States, le jeu est présenté comme quelque chose de sérieux, violent et légèrement décalé (le dessin de déflagration à l'extrémité du fusil). En particulier, cette jaquette n'est pas du tout représentative de ce que contient le jeu: il n'en présente que l'introduction.

Au Japon, ils ont opté pour un dessin très enfantin, avec le héros, petit fantôme, et un échantillon des personnages que l'on va pouvoir incarner (vite fait: le but du jeu est de venger sa propre mort, et on progressera en prenant possession d'autres personnages au fur et à mesure de l'avancée dans le jeu). Ils se paient même le privilège d'avoir un titre différent. Et nous, nous avons eu droit à un mélange des deux, une esthétique très proche de la jaquette japonaise, plus fidèle au jeu, mais le titre de la version américaine. Quoi qu'il en soit, cela reste un jeu excellent!

Cover Conclusion

Voilà pour un petit échantillon, principalement composé de jeux connus (faut voir aussi que les jeux peu connus sont aussi rarement sortis en multi-zones). Qu'il s'agisse de mieux s'adapter à la culture des joueurs éventuels (BD kitsch ou violence pour l'Amérique du Nord, Manga pour le Japon) ou de représenter plus ou moins le contenu du jeu (parfois vraiment moins d'ailleurs), les jaquettes font en général du bon boulot.

Mais bon, on leur reprochera quand même d'être parfois trop différenciées, au point de rendre confus tant le joueur que le jeu! Malgré tout, je remercie ces graphistes. Même s'ils sont parfois à côté de la plaque, délirant, trop sérieux, voire un brin malhonnêtes, ils me servent d'excuse pour présenter leurs magnifiques travaux! - Mal écrit le 21/05/2020 à 15h21 par Flappy.