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Dossier / les années phares

Back to 1994

Back to 1994

L’année 1994, douze mois incroyables. Une console mythique arrive, une autre se retire, des aliens, un ver de terre, Samus Aran ou encore de la baston et du massacre de monstres venus des enfers sur la planète mars, il y a eu de quoi faire cette année-là en terme de jeux vidéo.

Torché par Robin Masters, 21 Mars 2017
Remise en contexte de l’année 1994, pour mieux vous imprégner de l’ambiance de l’époque. Nous étions encore aux francs, loin de l’Euro et de ses conversions hasardeuses. Le Brésil bat l’Italie aux pénos dans une finale de coupe du monde triste à souhait, Kurt Cobain est suicidé par Courtney Love, sûrement à cause de la naissance de Justin Bieber un mois plus tôt. Côté salles obscures, on se régale devant Forrest Gump, Pulp Fiction, Léon ou Le Roi Lion. Du côté musique, IAM fait danser le Mia, It’s alright pour East 17, Rammstein se forme à Berlin et les Cranberries sortent Zombie. Sur le petit écran, Friends démarre en septembre.

L’année de la cartouche

Le 5 janvier, lors du CES à Las Vegas, Nintendo proclame 1994 comme étant l’année de la cartouche. Une annonce pompeuse mais plutôt logique, les experts prévoient que 112 millions de cartouches devraient s’écouler dans l’année. Après tout, de gros jeux sont annoncés : Sonic 3, Final Fantasy VI, Super Metroid, Darkstalkers ou encore Earthworm Jim. Toutefois, avec le recul, l’année 1994 fut plutôt celle du PC ou même de la Playstation. La console de Sony sort le 3 décembre au Japon avec quelques jeux mémorables, comme Air combat, Ridge Racer ou Rayman. En onze ans d’existence, la Playstation, PSX ou PSone s’est vendue à plus de 100 millions d’exemplaires dans le monde et aura marqué l’histoire du jeu vidéo, le popularisant davantage. Sa manette, parfaitement ergonomique avec les sticks analogiques, ses cartes mémoires, sa séquence de démarrage, tous ses aspects n’ont pas pris une ride dans la mémoire collective. Le succès retentissant de la console s’explique également par une quantité de jeux astronomique et pas des moindres: Metal Gear Solid, GTA, Final Fantasy VII, Gran Turismo, Tomb Raider ou encore Broken Sword.

Il existe même un fort lien entre Nintendo et Sony. Dans les années 80, Nintendo s’allie à Sony pour développer un module CD-Rom pour la NES, baptisé SNES-CD. En 1989, tout était dans les tuyaux et sur le point d’être annoncé pendant le CES de juin lorsque Hiroshi Yamauchi, le président de Nintendo de l’époque, lût le contrat original entre Big N et Sony et vit qu’il accordait à Sony la possession de tous jeux sur le format SNES-CD. Furieux, il annula le deal avec Sony et se rapprocha de Philips pour finaliser leur projet, en gardant le pouvoir sur ses licences sur les machines fabriquées par Philips. L’annonce fut l’effet d’une bombe dans le milieu, imaginez : une compagnie japonaise trahit une autre compagnie japonaise qui se rapproche finalement d’un fabricant européen. Par la suite, Nintendo voulut poursuivre Sony pour rupture de contrat et tenta d’interdire le nom Play Station, Big N prétendant posséder les droits du nom. Un accord fut trouvé en 1992 pour que la PlayStation accueille une connectique SNES mais Nintendo en garderait les droits sur les jeux. Sony rejeta cet accord, la technologie SNES commençant à accuser le poids des années, retira l’idée du port SNES, l’espace entre Play et Station pour finalement être maître de son destin et de sa console. Un choix judicieux, assurément.

Toujours côté consoles, Aiwa sort la Aiwa Mega-CD au Japon uniquement, Bandai arrive avec sa Playdia, console colorée et orientée éducatif, NEC nous sort le PC-FX, successeur du PC-Engine, vendu à seulement 400 000 unités. SNK sort la Neo Geo CD, qui se sera vendu à 570 000 exemplaires en 3 ans. Atari se rend à l’évidence et arrête les frais de la Lynx en stoppant sa production. Vendue à 3 millions d’unités dans le monde, la console portable peine à tenir la concurrence du monstrueux GameBoy avec un faible catalogue de jeux, autant niveau quantité que qualité. De son côté, SEGA n’a pas chômé avec la Sega 32X, un four vendu à seulement 650 000 unités et la Sega Nomad, version portable de la Megadrive, sortie uniquement sur le territoire nord-américain. Plus puissante que la GameBoy, la Nomad sera un échec commercial, à cause de sa faible autonomie, son poids et son prix de 180$. Sega en aura écoulé 1 million, tout de même. En novembre, Sega sort au Japon la Saturn, fer de lance de l’avenir de la firme japonaise, étudiée pour parfaitement concurrencer Sony et sa Playstation. Avec cette console, trop ambitieuse, Sega s’est compliqué la tâche et a passé son temps à lutter contre l’architecture complexe de la Saturn, tout en développant parallèlement la 32X pour finalement l’abandonner. Le lancement fut prometteur, grâce à Virtua Fighter, jeu ultra populaire dans les salles d’arcade et vendu avec la console. La Saturn se vend même mieux que la Playstation au Japon lors du lancement de cette dernière. Fin 1995, un après la sortie des deux consoles, la Saturn s’est vendue à 500 000 exemplaires contre 300 000 pour la PlayStation. Toutefois, grâce à un meilleur taux de vente et des faibles frais de licence pour les développeurs, la PlayStation atteint six mois plus tard le million d’unités écoulées. En dehors du Japon, la Saturn n’arrivera pas à concurrencer la PlayStation, la faute à un Virtua Fighter peu populaire en Occident et des comparaisons qui ne tiennent pas la route. Par exemple, Daytona USA reçoit de mauvaises critiques tandis que son rival Ridge Racer est salué pour sa réussite. Malgré une baisse de prix, la sortie de Virtua Cop et Virtua Fighter 2, la Saturn ne parvient pas à renverser la vapeur et finit même par vendre sa console à perte en s’alignant sur la baisse de prix de la PlayStation. Petit à petit, les constructeurs ne soutiennent plus la Saturn dont la production serra arrêtée en 1998 en Europe et 200 au Japon, pour laisser la place à la Dreamcast.

Des gros jeux

Nous avons déjà cité quelques hits de l’année 1994 plus haut. Commençons par les consoles à cartouches. L’immense Super Metroid sort sur SNES le 19 mars, il reste à ce jour l’un des meilleurs jeux d’action 2D jamais réalisé. Sur la même console sortent l’excellent Final Fantasy VI et le non moins bon Donkey Kong Country. Côté Sega, Sonic 3 débarque en février avec son acolyte Knuckles, suivi en octobre de Sonic & Knuckles, le jeu permettant de refaire chaque Sonic précédent avec Knuckles. Les salles d’arcade ne sont pas en reste avec des jeux mythiques tels The King of Fighters, Super Street Fighter II Turbo, Point Blank et Tekken. De la baston 2D, de la baston 3D, finalement tout se mélange en 1994, sorte d’année de transition un peu hybride de toutes les plates-formes et technologies. Shiny Entertainment, studio de David Perry se fait un nom avec Earthworm Jim, un jeu décalé mêlant run and gun et plateforme qui sera salué par la critique. Incarner un ver dans sa combinaison de cosmonaute qui lui est tombée dessus par hasard, car au départ destinée à Reine Limace-pour-Derrière. Un dessin animé mettant en scène notre ver de terre aura même vu le jour en France.

Les joueurs PC ne sont pas oubliés: MicroProse sort Master of Magic, 4X dans la lignée de Civilization et Masters of Orion, plutôt bien reçu bien que trop souvent comparé à Civilization. A ce jour, aucun 4X orienté Heroic Fantasy n’a pu faire mieux. Après Master of Magic, MicroProse envoie UFO : Enemy Unknown, certainement le meilleur jeu de gestion et de stratégie au tour par tour jamais créé. Ses deux suites directes ainsi que ses remakes récents font honneur au genre et permettent de ne pas oublier le tour par tour. Parce que bon, l’action, le FPS, ça va 5 minutes, mais quand il faut réfléchir et planifier, il n’y a plus grand monde. Restons dans la stratégie, mais cette fois en temps réel avec Warcraft, imaginé et développé par Silicon & Synapse, tout juste renommé Blizzard Entertainment. Le conflit Orcs contre Humains sera réutilisé dans des suites, dans des MMO et même au cinéma…

Sur PC, quelques jeunes studios dévoilent plusieurs de leurs créations. Bungie, bien avant Destiny, Halo et Myth se fait connaître avec Marathon, un FPS sorti uniquement sur Macintosh. Le joueur est en 2794 à bord d‘un vaisseau spatial humain colonial nommé Marathon qui est envahi par les Pfhor, des extraterrestres. Il doit alors éliminer toute opposition pour évoluer dans le vaisseau et reprendre son contrôle. Tout ça n’est pas sans rappeler Doom, transition parfaite pour évoquer Doom II, suite parfaite car plus intense, plus longue que le premier opus. Merci id Software. En 1994, le développeur a aidé Raven Software, un autre nouveau studio à émerger avec Heretic, un bon doom-like, tournant sous le moteur de Doom et produit par un certain John Romero. Raven connaîtra ses grandes heures autour de 2000 avec de bonnes adaptations de l’univers Star Wars (Jedi Knight), Heretic II et surtout Soldier of Fortune, sans doute l’un des FPS les plus jouissifs. Désormais, le studio travaille pour Activision sur les DLC et le multijoueur de chaque Call of Duty depuis 2010. C’est sans ambition, sans originalité mais ça rapporte et permet à Raven de remplir le frigo. Terminons le tour des jeunes studios avec Looking Glass, fondé en 1990 et qui va nous régaler durant cette décennie avec System Shock, Terra Nova, Thief, System Shock 2. Le premier sort donc en 1994 et pose les bases du FPS plus réfléchi, dans un univers futuriste et réaliste, qui inspirera par la suite Deus Ex et BioShock. Cette approche, on la doit à Warren Spector, un touche à tout talentueux, connu pour Wing Commander et Deus Ex. Toujours sur PC, Sierra sort King’s Quest VII, nouvelle itération de sa saga d’aventure bien réalisée. De son côté Will Wright nous apporte SimCity 2000, suite du très populaire SimCity qui l’a révélé au grand public.

Entre la PlayStation et la Saturn, le jeu vidéo a vu le CD se populariser bien même si 65% des ventes de l’année soient faites sur cartouches, démontrant que la Megadrive et surtout la SNES ont de beaux restes. La Lynx s’en va sans bruit et on retient surtout les excellents jeux de l’année, Super Metroid, Earthworm Jim ou encore Doom II. Commis par Robin Masters, 21 Mars 2017