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Dossier / l'univers des oldies

Ces histoires derrière les noms des studios du jeu vidéo

Ces histoires derrière les noms des studios du jeu vidéo

En école de communication ou de commerce, on apprend qu'un logo et une marque doit répondre à des critères de base: être compréhensible, être internationalisable, être mémorisable et être (surtout) disponible. Chaque studio de jeu vidéo qui a eu la chance d'arriver dans notre quotidien a du passer par des étapes très importantes de création. Avec, sans doute, des choix qui ont été essentiels. Voici les histoires dans l'Histoire.

Commis par Jivé, 29 Janv. 2016
Récemment, un documentaire sur Netflix et une émission de radio ont été consacrés à l’histoire d’Adidas, qui regorge d’anecdotes croustillantes, dont celle du fondateur Adolf «Adi» Dassler, et de son frère Rudolf, tous deux autant nazis qu’à l’origine des marques Adidas et Puma. Nous n’allons pas refaire l’émission, mais sachez juste qu’un conflit les a opposé, que c’est leurs diminutifs qui ont donné le nom des marques susnommées, et qu’aujourd’hui les deux entreprises se trouvent à quelques centaines de mètres dans un bled en Allemagne. Et du côté des jeux vidéo, d’où viennent tous ces noms que tout le monde connaît désormais? Qui a inventé le terme Ubisoft? Quel a été le premier nom, totalement ridicule, d’Infogrames? Que veut dire Atari? Autant de questions qui permettent d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de ces grands noms du jeu vidéo, tout en découvrant des anecdotes peu connues.

Zboub, c'est vendeur comme nom Bruno?

C'est la question qu'a sûrement du poser Christophe Sapet à Bruno Bonnell, peu avant la fondation de ce qui allait devenir Infogrames. En effet, les deux compères, amis de Math Sups, décident en 1983 franchir le pas et de commercialiser des jeux vidéo. Dans «La saga des jeux vidéo» de Daniel Ichbiah, l'auteur raconte comme les deux hommes se sont associés pour éditeur un livre sur la pratique du micro-ordinateur, qui se lançait avec le TO7 de Thompson. Les 63 000 francs récoltés à l'époque ont permis le lancement de Zboub Système. «Mais leur conseiller juridique est parvenu à les en dissuader». Comme souvent à l'époque, on ne cherchait pas bien loin pour trouver un nom vendeur. D'autant plus que les sociétés du jeu vidéo et de l'informatique n'étaient pas légions sur le marché, et il y avait donc de la place pour des noms qu'on jugerait aujourd'hui peu original. L'histoire raconte que Sapet a écrit un logiciel pour générer le nom au hasard. Infogrames étant une contraction assez logique d'Informatique et de Programmes, précisa près de 10 ans plus tard Bruno Bonnell. Imaginez un peu si l'éditeur, qui est devenu entre temps la maison-mère du géant Atari, l'un des studios les plus connus en France, capitalisant un CA annuel de près de 40 millions d'euros lors de sa liquidation en 2013, avait le sobriquet d'un sexe masculin sur sa façade parisienne…

En parlant d'Atari, tout le monde connaît plus ou moins l'histoire du logo. Dessiné par George Opperman en 1973, juste après la fondation du studio, il représente le Mont Fuji à Tokyo. Assez étonnant quand on y pense, puisque le groupe créé par Nolan Bushnell est américain. En réalité, le nom, tout comme le logo, n'est pas une version stylisée de la montagne japonaise, mais une référence au premier jeu culte de l'éditeur: Pong. Le logo représenterait deux joueurs face à un jeu Pong. Et le nom alors? Pareil, c'est une référence à son plus grand succès. Lorsque Bushnell créé sa société en 1972, il est déjà à la tête de Syzygy Engineering, un studio fondé en 1971. Il souhaite le transformer en réel studio de développement («l'incorporer», comme on fait en Amérique, en déposant 350$ chacun avec le co-fondateur), mais le nom est déjà déposé par une autre société. Il pense alors à des termes courts appartenant au jeu de go, «mon jeu préféré de tous les temps» (voir vidéo en-dessous). Atari est le nom d'une technique de jeu qui peut être traduit par «encercler» la pièce à prendre. Tout un programme. Hatari veut aussi dire «attention, danger» en Swahili. Et c'est le titre d'un film avec John Wayne en 1962 dont on dit qu'il est le film préféré de Nolan Bushnell. Bref, Atari, Inc, aurait pu s’appeler Seki, Tobi ou encore Geta.

Ils ont des chapeaux ronds…

Avec Infogrames, le plus grand représentant du jeu français, c'est sans doute Ubisoft. Comme de nombreux studios fondés dans les années 1980, Ubisoft, dont le nom était tout au début Ubi Soft Entertainment), utilise le soft de «software», un terme anglais très en vogue dans les noms de sociétés autour de la programmation puis du gaming. La société a été fondée par la famille désormais très célèbre (et riche) des frères Guillemot, dont l'entreprise familiale s'oriente sur la production agricole à Carentoir, dans le Morbihan (Bretagne). Claude et Michel, les aînés, pensent à la technologie: édition de CD, de jeux vidéo, commerce par correspondance. Tout ça depuis la ferme des parents. On ne sait pas comment la rumeur est devenue légende, mais Ubi serait l'acronyme d'Union des Bretons Indépendants. Une information qui n'a été démentie qu'en 2014, en Bretagne de surcroît, lorsque Christian Guillemot a déclaré qu'il ne s'agissait que d'un mot inventé par son frère Gérard, «parce que ça sonnait bien». Revendication régionale ou simple sonorité? La communication du groupe, qui est désormais le troisième mondial dans son secteur, a toutefois un autre regard sur le nom, sans doute car la Bretagne n'a pas beaucoup de signification pour l'international. «Ubisoft vient de ubiquité, un don qui caractérise bien le catalogue de jeux de l'entreprise (…) Ubisoft peut se targuer d'être présent sur tous les segments à fort potentiel», explique le rapport annuel du groupe, présenté aux actionnaires.

Les Français sont assez fans des références à peine dissimulées dans les noms des sociétés. On trouve ainsi également Silmarils, dont le patron nous avait confirmé dans une interview récente que le nom était une référence au Silmarillion, une œuvre de Tolkien qui explique la genèse de toute la cosmogonie de la Terre du Milieu. Et surtout des Silmarils, trois joyaux magiques forgés par les Elfes. Ces joyaux se retrouvent dans le logo de Silmarils, société fondée en 1987 par trois personnes: André Rocques, son frère Louis-Marie, et Philippe Plas. «On voulait une connotation rôliste, héroic-fantasy. Nous ce qu’on voulait faire, c’était dans le domaine de l’imagination, pas que dans le jeu de rôle d’ailleurs. On a puisé dans notre culture cinématographique et littéraire», expliquait l'ancien patron à GameTrip.

On peut également citer Cryo, société française fondée en 1992 par la fusion entre ERE Informatique et le label d'édition Exxos. Philippe Ulrich, l'un des directeurs d'ERE, avait créé le personnage d'Exxos, «le dieu des développeurs» à qui les membres de la société devaient allégeance. Lors de la création de Cryo, Ulrich décida que cette divinité guerrière (le logo du studio représentait également un visage de démon souriant) devait être remplacée par une autre divinité plus calme. C'est ainsi que l'on retrouve dans le tout premier logo de la société le visage d'une paisible jeune femme, sans doute endormie, dans ce qui pourrait être un scaphandre, ou plus vraisemblablement un caisson de cryogénisation. En effet, quelque temps plus tard, la femme devient l'héroïne androïde de Extase. Le froid, le calme et la candeur se retrouve ainsi dans le logo et le titre de la jeune société dont Cryo est donc un diminutif de cryogénisation.

Pour en finir avec la France, les plus anciens connaissaient sans doute déjà l'histoire de Delphine Software, le studio du prolifique Paul Cuisset, et qui est à l'origine de Another World, Flashback ou Fade to Black. En 1988, lorsque Cuisset fonde le studio avec le producteur de musique Paul de Senneville, ce dernier nomme la société du prénom de sa fille Delphine, ce qu'il avait déjà fait en 1976 avec son label Delphine Productions. L'anecdote veut qu'en 1992, une filiale soit créée sous le nom d'Adeline Software (notamment connu pour Little Big Adventure). C'est tout simplement le nom de la deuxième fille du compositeur.

Toys are us

Certains studios aux noms les plus connus (ou pas forcément les plus connus) ont simplement utilisé la version la plus pratique pour trouver rapidement une marque. C'est le cas par exemple de feu THQ. Le studio américain qui a disparu en 2013 a été fondé en 1989. Oui mais à cette époque, THQ n'était pas encore un créateur de jeux vidéo mais de jeux et jouets. Son nom à ce moment? Toy Head-Quarters, en français le quartier général du jouet. L'acronyme THQ est d'office utilisé pour représenter la marque, ou plutôt T.HQ à ce moment, et entre ainsi dans l'Histoire. On note d'ailleurs que l'entreprise a été fondée par un magnat du jouet, Jack Friedman, qui avait fondé la compagnie de jouet LJN en 1970 (racheté plus tard par Acclaim pour faire des jeux vidéo également). LJN était aussi une abréviation inversée des initiales de Norman J. Lewis, le premier patron de Friedman.

En acronymes, on a également Jagex, qui vient de Java Gaming Experts, le premier slogan du studio. Ou encore Jaleco, de Japan Leisure Corporation. Côté initiales, on peut citer entre autres Kuju Entertainment, société de développement d'origine britannique et qui a notamment produit Rail Simulator. Là encore, solution de facilité: Kuju provient des initiales des cofondateurs Ian Baverstock et Jonathan Newth. Hein? Quoi? I et J? Quel rapport? L'histoire veut que Jonathan rechercha dans un dictionnaire japonais la transcription de 9 et 10 (I et J sont à la 9e et 10e place dans l'alphabet anglais): ku-ju. Ils se sont un peu plus creusé le ciboulot, en effet.

Un type qui s'est un peu creusé, ou du moins qui a trouvé une référence un peu plus haut de gamme, c'est John Carmack. Le créateur de id Software en a un peu marre que tout le monde appelle sa boîte «idé» software et non «ide». Car en effet, le nom provient du «ça», une notion de Freud, qu'on avait déjà expliqué sur ce dossier il y a près de dix ans, suivez un peu. Notez d'ailleurs que le nom s'écrit officiellement en minuscule, et ce depuis la deuxième trilogie de Commander Keen. Le logo dessiné, quant à lui, a attendu 1992 pour être refondé et se mettre également en minuscule.

Effets graphiques

Enfin, citons Naughty Dog pour son histoire intéressante. Le studio américain, qui signifie littéralement «chien méchant», a été fondé en 1984 sous le nom Jam Software par Andy Gavin et Jason Rubin, deux concepteurs bien connus du milieu. Le studio de deviendra [Naughty Dog qu'à la suite du renommage de 1989. En fait, il s'agit simplement d'un hommage à la chienne d'Andy Gavin, morte durant le développement du jeu Keef the Thief cette année-là (une vidéo commerciale montre le développement d'un jeu sous le point de vue d'un chien nommé Morgan, comme la chienne d'Andy, en 1998, voir ci-dessous). Des références de ce genre, vous l'avez peut-être compris en parcourant ce dossier, sont l'apanage des studios des années 1980 et 1990. Cela correspond notamment à l'âge d'or des jeux PC mais aussi à une certaine période où il était plus facile de découvrir des nouveaux noms car peu étaient déjà utilisés. De nos jours, un nom de domaine sur Internet doit être cherché, analysé, brainstormé pendant des semaines. Au début du Net, on pouvait trouver un ratonlaveur.com sans doute les doigts dans le nez. Et bien là, c'est pareil



Et pourtant, de nos jours, certains reviennent à ce choix de nom épuré, qui ne veut pas forcément faire dans la surprise, mais juste être international et compréhensible rapidement: Little Games Company (studio de petits jeux), Traveller's Tale (conte du voyageur), Big Huge Games (très gros jeux), Marvelous (merveilleux), Massive (ben, massif quoi)... Spicy Horse (cheval épicé)? Les nouveaux studios sont également friands d'effets graphiques, de redondance ou de doubles sens. C'est par exemple le cas de DONTNOD dont la graphie du nom permet d'être lu dans les deux sens sur le logo, mais qui ne veut pas dire grand chose (ne pas hocher de la tête?) Seront-ils encore dans les livres d'histoire du jeu vidéo dans 40 ans?

Les histoires derrière les noms des studios de jeux vidéo ne veulent pas toujours dire quelque chose. Si certains éditeurs ont caché des références plus ou moins grossières, d'autres ont juste cherché une sonorité, une graphie, un concept dédié à leurs œuvres. On note cependant des effets de modes (le terme «software», les acronymes et abréviations, les noms-phrases qui veulent tout résumer) qui reviennent au fil des années. Mais aucun ne permet de présager de la notoriété future d'un studio. Est-ce que Infogrames aurait autant marché en s'appelant Zboub? On ne pourra jamais dire. Torché par Jivé, 29 Janv. 2016

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